Une capuche avec deux lentilles transparentes cousues dessus. Vu de loin, ça ressemble à un gadget. Vu de près, c’est l’une des pièces les plus intelligemment pensées de toute l’histoire du vêtement technique — et le meilleur résumé possible de ce que Massimo Osti cherchait à faire depuis le début : que chaque détail se justifie.
Une commande pour une course de voitures
En 1988, CP Company sponsorise la Mille Miglia, une course de voitures anciennes réputée comme l’une des plus prestigieuses au monde. La marque conçoit un blouson pour l’occasion, qui prendra directement le nom de la course.
La base du vêtement n’est pas une invention pure : elle reprend la structure de la veste militaire suisse Alpenflage M70. C’est la méthode habituelle d’Osti — déconstruire un vêtement fonctionnel existant, en garder ce qui marche, et l’adapter à un nouvel usage. Sur cette base militaire, il ajoute l’élément qui va tout changer : deux lentilles transparentes montées sur la capuche.
Deux lentilles, deux fonctions différentes
Le détail que la plupart des articles oublient de mentionner, c’est qu’il n’y a pas qu’une lentille. La veste en compte deux : une sur la capuche, qui fait office de protection oculaire quand elle est rabattue sur le visage — utile en voiture ouverte, en moto, ou simplement contre le vent — et une seconde, plus petite, positionnée au niveau du poignet.
Cette seconde lentille sert à lire l’heure sur sa montre sans avoir à retirer ses gants ni remonter sa manche. C’est un détail presque absurde tant il est spécifique, mais c’est exactement la logique Osti : un pilote de voiture ancienne, les mains sur le volant, gantées, doit pouvoir vérifier l’heure d’un simple coup d’œil. Le vêtement résout un problème réel, même un problème que personne d’autre n’avait pensé à formuler.
Une pièce reconduite, jamais figée
Ce qui distingue la Goggle Jacket de la plupart des modèles iconiques d’autres marques, c’est qu’elle n’a jamais été mise sous vitrine. Dès 1991, CP Company lance une gamme baptisée « Continuative Garments » : plutôt que de dessiner une nouvelle collection chaque saison, la marque reprend ses pièces fondatrices et les décline dans de nouveaux tissus, avec de nouvelles teintures. La Goggle Jacket fait partie de ce noyau dur, retravaillé année après année plutôt que réédité à l’identique.
Concrètement, ça donne aujourd’hui plusieurs variantes de matière, chacune avec un comportement différent :
- C.P. Shell-R : un softshell trois couches en fibres recyclées, coupe-vent, avec une imperméabilité annoncée autour de 5000 mm — le compromis le plus polyvalent.
- Chrome-R : un nylon multifilament recyclé à l’aspect brillant, teint en pièce après confection (garment-dyed), avec un traitement anti-goutte.
- Pro-Tek : un polyester stretch, plus souple, pensé pour un confort proche du sweat tout en gardant une protection de veste.
- D.D. Shell : un ripstop ultraléger 7D, isolé par injection directe de duvet plutôt que par un rembourrage classique — moins de coutures, meilleur gonflant.
Pour qui débute et veut comprendre ce que ces chiffres et ces noms signifient concrètement sur une étiquette, notre guide d’achat des vestes techwear détaille les critères à vérifier avant d’acheter une veste technique, Goggle Jacket ou non.
Une alternative plus discrète existe
Si la capuche à lentilles est trop affirmée à ton goût, CP Company propose depuis quelques années la ligne Metropolis : un design épuré, sans lentille, construit avec des tissus techniques comme le Pertex, le GORE-TEX Infinium ou le HyST. Même niveau d’exigence sur la matière, sans le signe distinctif le plus reconnaissable de la marque.
Comment la pièce a quitté le circuit automobile
La Goggle Jacket n’est jamais restée un vêtement de passionnés de voitures anciennes. Elle a suivi la même trajectoire que le reste du travail d’Osti : adoptée par la culture des tribunes anglaises dans les décennies qui ont suivi sa sortie, au point de devenir l’une des pièces les plus associées à cette culture — y compris dans des contextes que la marque elle-même n’avait jamais anticipés.
C’est aussi une conséquence directe de sa notoriété : la Goggle Jacket compte aujourd’hui parmi les pièces techwear les plus contrefaites du marché, précisément parce que sa silhouette est si reconnaissable qu’elle se vend sur l’apparence seule. Si tu envisages d’en acheter une d’occasion ou en dehors des canaux officiels, notre guide d’authentification Stone Island explique comment distinguer une pièce authentique d’un faux — la plupart des critères s’appliquent à l’identique chez CP Company, où la vigilance sur les mêmes détails de finition reste de mise.
Ce qui en fait une icône, et pas un gadget
La Goggle Jacket fonctionne encore aujourd’hui pour la même raison qu’elle fonctionnait en 1988 : chaque élément visible répond à un besoin identifiable. Ce n’est pas un logo qu’on colle pour signaler une marque, c’est une solution qu’on peut expliquer en une phrase. C’est cette exigence-là, plus que la forme elle-même, qui a fait de cette veste une référence que d’autres marques copient depuis presque quarante ans sans jamais en égaler la cohérence.
